Systèmes alimentaires urbains, Vietnam. © CIAT

Systèmes alimentaires urbains

"Ici.C.Local", une innovation organisationnelle et sociale pour des systèmes alimentaires durables

Dans le cadre d'une démarche visant à favoriser les circuits courts alimentaires et l'agriculture locale durable, l'Inra a apporté son appui à la Ville de Grabels (34) pour initier un marché circuit court et expérimenter un système participatif d’information et de garantie sur l’origine des produits. Cette expérience a donné lieu au dépôt d'une marque collective sous la dénomination "Ici.C.Local".

Mis à jour le 30/05/2016
Publié le 09/01/2015

Les circuits courts alimentaires, rapprochant producteurs et consommateurs, dépassent maintenant le stade de niche et s’inscrivent dans des dynamiques agricoles et de consommation globales. Ils sont soutenus par des politiques publiques, à travers des dispositifs visant à favoriser leur développement (plan d'actions national, plans régionaux pour une offre alimentaire durable, etc.), et localement, on ne compte plus les initiatives institutionnelles, associatives ou privées qui cherchent à promouvoir ces systèmes de vente. Des travaux conduits depuis une dizaine d'années à l'Inra de Montpellier, dans l'UMR Innovation, ont montré l'importance de ces systèmes de vente pour la vie des territoires et le rôle qu'ils peuvent jouer dans la lutte contre l’exclusion en milieu rural. Au-delà des nouveaux débouchés qu'ils procurent aux producteurs, ils sont facteurs de lien social, et peuvent contribuer à réinsérer des consommateurs en situation d'exclusion et à requalifier des intermédiaires de proximité.

La création du "marché circuits courts" de Grabels

Les marchés de plein vent sont en France le deuxième débouché en circuits courts pour les producteurs, en terme de chiffre d’affaires, après la vente à la ferme. Ce sont aussi un des lieux de vente en circuits courts les plus prisés des consommateurs. Ils suscitent toutefois une demande d’informations et de garanties de la part des consommateurs, qui ne font pas toujours bien la différence entre producteurs et revendeurs sur les marchés et regrettent le manque d’information sur l’origine des produits. Ils suscitent également de nouvelles concurrences entre agriculteurs et intermédiaires du commerce de proximité, artisans et commerçants de détail.
L’appui de l'Inra à la Ville de Grabels, commune périurbaine de 6000 habitants à 10 km au nord de Montpellier, s'est concrétisé par la mise en place d'un "marché cirduits courts", nouveau type de marché fondé sur un dispositif de gestion participative et l'expérimentation d'un système d’information et de garantie sur l’origine des produits. Cette expérience a permis d’étudier et de tester les conditions et enjeux de développement des circuits courts en tant qu'espaces de rencontre entre producteurs et consommateurs, mais aussi de coopération entre producteurs ou entre producteurs et intermédiaires économiques.

Charte, étiquetage et gestion collégiale

  • Le marché initié en 2008 à Grabels, associant des producteurs et des intermédiaires économiques engagés dans le développement des circuits courts, est fondé sur une charte qui soutient l'agriculture durable et valorise la transformation et la revente des produits locaux via un seul intermédiaire. Le recours à des produits provenant de filières longues n'est pas exclu, mais est limité et doit être justifié par le climat ou par la nécessité d'un complément de gamme. La revente se comprend ici pour partie comme une forme de collaboration entre producteurs ou entre producteurs et revendeurs ou artisans.
  • Le marché est géré de façon collégiale entre exposants, consommateurs et collectivité à travers un comité de suivi qui définit et actualise les critères de l'agriculture durable pertinents au regard du territoire et de l'agriculture locale, et s'occupe des demandes d'adhésion, du contrôle du respect de la charte et des règles, et de l'évolution de la charte.
  • Un système d'étiquetage en couleurs sur les étals signale la provenance des produits : lieu de production et nom du producteur ou du fabriquant. La démarche d'information est fondée sur un code couleur qui signale les produits en vente directe (étiquette verte), les produits en circuit court avec intermédiaire (orange), et ceux issus des circuits longs (violet). L'étiquetage s’inscrit dans une démarche pédagogique qui vise à faire comprendre aux consommateurs l’enjeu du maintien ou de l’installation d’agriculteurs, mais aussi la saisonnalité, la formation des prix, les difficultés à produire ou s’approvisionner localement.

Ce système expérimenté depuis fin 2010, qui associe charte, étiquetage et gestion collégiale, est analysé par l’Inra comme un exemple d’innovation sociale, en tant que construction participative d’une réponse à des besoins locaux non satisfaits par l’organisation actuelle des marchés et des politiques publiques. Il est aussi étudié, sans a priori positif, comme possible vecteur d’évolution des pratiques de production, de consommation et d’intermédiation dans la perspective de systèmes alimentaires durables.

Favoriser la transition vers une agriculture et une alimentation durables

L’impact de l’expérimentation de ce système, combinant charte, étiquetage et gestion participative, se mesure au niveau

  • de la diversification et de l’écologisation de la production agricole, ici encouragées par la charte, et facilitées par les apprentissages des acteurs du marché,
  • du renforcement des relations de coopération entre producteurs et intermédiaires pour la revente ou la transformation de produits de l’agriculture locale et durable,
  • de l’émergence de nouveaux questionnements favorisés par la lecture des étiquettes par les consommateurs,  entraînant chez certains, y compris les moins sensibilisés au départ, l’évolution de leurs pratiques vers une consommation plus importante de produits de l’agriculture locale durable. Un lieu de vente privilégiant circuits courts et agriculture durable, mais autorisant aussi des produits essentiels issus des filières longues, donne aux consommateurs la possibilité d’apprendre progressivement à consommer différemment.

L'impact se mesure aussi à travers l’intérêt d’autres collectivités territoriales, d'opérateurs économiques (commerces de détail, rayons de supermarchés…), et du développement agricole, pour un système qui promeut la transparence vis-à-vis du consommateur, la coopération, le développement économique local, et redonne aux citoyens un rôle d'acteur dans l'évolution des systèmes alimentaires.
Le dépôt par l'Inra et la Ville de Grabels, sous la dénomination "Ici.C.Local", d'une marque collective et de son règlement d'usage vise à protéger le concept originel de ce marché et la globalité de la démarche (charte+étiquetage+gestion démocratique) pour faciliter son essaimage dans une perspective d'intérêt général.

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Sciences pour l’action et le développement

Ici.C.Local - Innovation pour la coopération et l'information en circuit local

Une marque collective et un règlement d'usage

Marque figurative Ici.C.Local. © Inra
Marque figurative Ici.C.Local © Inra
Le système combinant charte, étiquetage et gestion collégiale, a été déposé à l’Inpi (Institut national de la propriété industrielle) en mars 2014. L'ensemble est la première marque collective de l’Inra, c'est-à-dire qu'elle peut être exploitée par toute personne qui s'engage à respecter les critères définis dans le règlement d'usage. La marque est copropriété de l'Inra et de la ville de Grabels et son utilisation est gratuite. Il ne s’agit pas d’une marque commerciale qui viserait à concurrencer les marques existantes, mais d’un dispositif valorisant une gestion transparente, participative et relocalisée du lien production-alimentation.
Présenté au Salon de l’Agriculture en 2014 sur le stand de l’Inra, le système et les hypothèses sous-jacentes nourrissent à la fois des actions de développement dans le cadre d’un programme Casdar (développement agricole et rural), les fronts de recherche sur l’innovation sociale et sur la durabilité des systèmes alimentaires, ainsi que des réflexions au service de la décision publique, de l’échelle locale à l’échelle européenne.

Voir aussi la page "Marchés circuits courts" sur le site web de la Ville de Grabels

En savoir plus

  • Le marché "circuit court" de Grabels. Entretien avec Yuna Chiffoleau, sociologue, chargée de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et en charge du projet "marché circuit court". Propos recueillis par Céline Mouzon. Alternatives Economiques Poche, n° 68, Consommer autrement, mai 2014 
  • Chiffoleau Y., Dalmais M., Divet J.P., 2013. Signaler et garantir l’origine des produits dans les circuits courts alimentaires : l’expérience du marché de Grabels, Projet PSDR Coxinel, Languedoc-Roussillon, Série Les Focus PSDR3. 8 p.
  • Chiffoleau Y., Prévost B., 2012. Les circuits courts, des innovations sociales pour une alimentation durable dans les territoires. Norois, 2012/3 (224), 7-20. Sur Cairn.info
  • Yuna Chiffoleau, 2012. Circuits courts alimentaires, dynamiques relationnelles et lutte contre l’exclusion en agriculture. Economie rurale, n°332, 88-101 Sur Cairn.info