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Développer les synergies entre cultures et élevage pour accroitre la résilience des petits producteurs 

Les stratégies qui combinent des interventions sur les cultures et l'élevage sont les plus efficaces pour augmenter la capacité d'adaptation et la résistance aux aléas de petits producteurs en Afrique subsaharienne. Leur mise en œuvre est favorisée lorsqu'elles sont testées dans le cadre de plateformes d'innovation, en faisant participer l'ensemble des parties prenantes d'un territoire.

Plateforme Burkina. © Inra, C. Rigolot
Par C. Rigolot, A. Audiot, F. Maxime
Mis à jour le 02/05/2016
Publié le 04/04/2016

Les petits producteurs qui combinent cultures et élevage produisent environ la moitié de la nourriture dans le monde. Ils ont un rôle important à jouer pour assurer la sécurité alimentaire, en particulier en Afrique subsaharienne. D'une part, la demande globale en produits végétaux et animaux devrait augmenter d'ici 2050. Il est prévu que la demande globale en produits animaux augmente de 70% et elle devrait plus que doubler en Afrique subsaharienne. D'autre part, le potentiel de gains de production dans ces systèmes est important, tant au niveau des cultures que de l'élevage. Cependant, les gains à réaliser devront l'être dans un contexte très incertain, marqué par la volatilité des prix et les effets du changement climatique, et très contraint par la nécessité de réduire l’empreinte environnementale des systèmes de production.

Une étude de cas au Burkina Faso

Dans la région du Yatenga, au nord Burkina Faso, une enquête auprès de 200 familles agricoles a permis d’identifier quatre leviers techniques prometteurs du point de vue des producteurs :

  • la fertilisation minérale azotée ;
  • une récolte améliorée des résidus de cultures ;
  • la supplémentation des animaux avec des concentrés ;
  • l’allocation des résidus de cultures de meilleure qualité aux animaux les plus productifs.

Quatre fermes contrastées représentatives de la diversité agricole du territoire ont été paramétrées dans un modèle informatique dynamique. L’impact des leviers techniques sur la sécurité alimentaire de ces quatre fermes a été simulé, d'abord de manière séparée, puis sous forme de paquet technique. Deux séries climatiques longues (90 années), correspondant au climat actuel et en 2050, ont été utilisées de façon à rendre compte des effets de la variabilité et du changement climatiques sur les performances des stratégies testées.  

A chaque système de production son paquet technique

Les paquets techniques les plus efficaces sont différents dans les quatre fermes, montrant par là qu’il n’y a pas de solution unique, mais des stratégies à adapter aux différents systèmes de production. Toutefois, dans les quatre fermes, les stratégies qui agissent conjointement sur les cultures et l’élevage, plutôt que sur un seul levier, se sont révélées les plus pertinentes par rapport à la résilience des systèmes de production. En particulier, une bonne récolte des résidus de cultures combinée à l’allocation de résidus de meilleure qualité aux animaux les plus productifs permet d’augmenter la production des animaux en n'ayant que peu ou pas recours aux aliments du commerce.
Si l’usage d’intrants (engrais minéraux et aliment du bétail) permet d’augmenter la production et le revenu moyen des producteurs, il augmente aussi le risque d’obtenir un très faible revenu lors des mauvaises années. Lors de la restitution des résultats dans les quatre fermes étudiées, les petits producteurs ont confirmé que ce risque négatif explique en partie le faible recours aux intrants du commerce. L’étude a montré que le changement climatique pourrait augmenter ce risque associé à l’utilisation des intrants et réduire de facto le potentiel de développement futur des systèmes.

Des plateformes d’innovation participative

Une approche participative a été conduite afin de mettre en œuvre concrètement les paquets techniques identifiés. Des ateliers de modélisation ont été organisés à cet effet au sein de plateformes d’innovation, qui sont des structures innovantes réunissant l’ensemble des acteurs du territoire (producteurs, transformateurs, banques, conseillers…)
Car l’adoption des paquets techniques par les producteurs ne va pas de soi. Dans les fermes laitières au sud du Burkina Faso par exemple, elle s’est révélée très dépendante des changements opérés aux autres niveaux de la filière. Les éleveurs n’ont en effet intérêt à mettre en œuvre les techniques permettant d’augmenter la production que s’ils peuvent valoriser le lait supplémentaire, c’est-à-dire si ce lait est ramassé et transformé. Les laiteries, elles, n’ont intérêt à mettre en place de nouveaux points de collecte du lait que si les volumes produits sont suffisants pour rentabiliser l’investissement. Ces interdépendances sont susceptibles de bloquer l’adoption de paquets techniques, difficulté qui a été levée grâce à la concertation et aux apprentissages réciproques entre les acteurs. Une preuve que les systèmes de production co-évoluent avec les différents maillons de la filière !
Le travail de recherche-action mené à travers les plateformes d’innovation s’est traduit par des impacts concrets, non seulement sur les niveaux de production et le revenu des ménages agricoles, mais aussi sur d’autres dimensions, par exemple le travail des femmes. Ces répercussions complexes ont été estimées en mobilisant conjointement des méthodes quantitatives et qualitatives complémentaires.

Un déploiement multi-échelle au service d’une agriculture climato-intelligente

Ces travaux à l’échelle de l’exploitation et des collectifs d’acteurs dans les territoires ont été intégrés et articulés dans un cadre d’analyse établi grâce à des études complémentaires aux échelles continentale (Afrique) et mondiale. Ce cadre vise :
•    la définition concertée de grands enjeux mondiaux pour l’élevage,
•    le ciblage de zones à fort potentiel ou particulièrement vulnérables,
•    l’identification et la mise en œuvre de stratégies robustes, adaptées à chaque contexte, pour favoriser la résilience des systèmes de production,  
•    l’évaluation de leur pertinence dans une gamme de variabilité climatique, afin d’en assurer la diffusion.
Il sera bientôt possible d’inclure une estimation des impacts environnementaux, en particulier des émissions de gaz à effet de serre et du stockage de carbone, dans la conception de stratégies pour favoriser la résilience des petits producteurs.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Auvergne - Rhône-Alpes

Un partenariat scientifique national et international

Ce travail a été initié dans le cadre des collaborations scientifique et de mobilité internationale entre l’Inra et la CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation), renforcé par la signature d’un accord entre ces deux organismes le 5 novembre 2015 à Paris.
Dans la perspective d’appliquer des méthodes et concepts issus de ce partenariat au contexte français, le travail a été intégré dans le projet FARMATCH (Farming System Adaptation to Climate Change) associé au métaprogramme ACCAF.
Au niveau international, un partenariat est en cours avec l’ICRISAT (The International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics), organisme du CGIAR (Consultative Group for International Agricultural Research) dédié aux cultures, qui cherche à mieux intégrer la place de l’élevage dans ses analyses (voir http://www.icrisat.org/newsroom/latest-news/happenings/happenings1695.htm#2)

Pour aller plus loin

Les résultats de ces travaux ont fait l’objet de nombreuses communications et publications. La publication dans plusieurs revues à facteur d’impact exceptionnel souligne le caractère inédit de ces recherches au niveau international.

  • Quatre communications ont été présentées à la conférence Climate Smart Agriculture (Montpellier 2015), et une cinquième lors de la conférence sur les systèmes d’innovation en Afrique de l’Ouest (Saly-Portudal, 2015).
  • Les travaux à l'échelle de l’exploitation et à l'échelle continentale sont publiés dans la revue Agricultural Systems (Rigolot et al., 2015 ; Henderson et al., 2015).
  • Une autre étude à l’échelle continentale a été publiée dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) (Frelat et al., 2016). Le diagnostic à l’échelle mondiale a été publié dans Annual Review of Environment and Resources, une autre revue à facteur d’impact exceptionnel (Herrero et al., 2015).

         - Rigolot C., de Voil P., Douxchamps S., Prestwidge D., Van Wijk M., Thornton P., Rodriguez D., Henderson B., Medina D., Herrero M. (2016). Interactions between intervention packages, climatic risk, climate change and food security in mixed crop-livestock systems in Burkina Faso. Agricultural Systems, http://dx.doi.org/10.1016/j.agsy.2015.12.017

         - Rigolot C., Watson I., Herrero M., Delma B.J., Vall E., Andrieu N., Yacouba B., Ouédraogo S., Ziebe R., Dowe V., Kolyang T., Prestwidge D., McDonald C., Stirzaker R., Bruce C., Carberry P. (2015). Modelling households and value chains: Complementary methods for learning and evaluation in innovations platforms. Conférence internationale sur les systèmes d’innovation en Afrique de l’Ouest et du Centre, 25-27 Février 2015, Saly Portudal, Sénégal.

         - Henderson B., Godde C., Medina-Hidalgo D., van Wijk M., Silvestri S., Douxchamps S., Stephenson E., Power B., Rigolot C., Cacho O., Herrero M. (2016). Closing system-wide yield gaps to increase food production and mitigate GHGs among mixed crop-livestock smallholders in Sub-Saharan Africa. Agricultural Systems, 143,106-113.  doi:10.1016/j.agsy.2015.12.006

         - Frelat R., Lopez-Ridaura S., Giller K.E., Herrero M., Douxchamps S., Andersson Djurfeldt A., Erenstein O., Henderson B., Kassie M., Paul B., Rigolot C., Ritzema R.S., Rodriguez D., Van Asten P.J.A., van Wijk M.T. Drivers of household food availability in sub-Saharan Africa based on big data from small farms. Proceedings of the National Academy of Sciences, 113(2), 458-463 www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1518384112

         - Herrero M., Wirsenius S., Henderson B., Rigolot C., Thornton P., Havlik P., de Boer I., Gerber P. (2015). Livestock and the Environment: what have we learnt in the last decade? Annual Review of Environment and Resources, 40, 177-202. 10.1146/annurev-environ-031113-093503

         - Watson, I., Webster, T., Rigolot, C. and Prestwidge, D. (2015). Crop and household modelling within AFSI - west and central Africa. Appendix 5, in: Watson, I., McMillan, L., Bruce, C., Njoya, A., Kollo, I., Davies, J., Dorai, K., Pengelly, B. and A. Hall,  CSIRO – CORAF/WECARD Final Partnership Report, Africa Food Security Initiative. CSIRO Report to Department of Foreign Affairs and Trade, Australia.