L'agriculture autonome : un changement de métier

Il y a 10 ans, l'unité expérimentale de l'Inra de Mirecourt changeait de dispositif pour se lancer dans l'expérimentation de deux systèmes agricoles autonomes et en agriculture biologique. Pour les 14 expérimentateurs qui travaillent sur la ferme expérimentale, c'est un véritable changement de métier, une autre façon de travailler.

Par Samantha Guay
Mis à jour le 21/01/2015
Publié le 13/11/2014

De nouvelles pratiques et un autre regard

Le passage en bio est déjà en soi un changement de métier, de pratiques et de valeurs. Par exemple, cela a changé la façon de soigner les vaches, aujourd’hui traitées en homéopathie et huiles essentielles. Claude Cuny, animalier depuis 1983, explique : "Pour avoir ces nouveaux apprentissages, j’ai rencontré des éleveurs bio, fait des formations avec des vétérinaires, des échanges avec des collègues". Cet échange de connaissances et d’expériences a été essentiel dans la transition vers le bio. Il y a 10 ans, les expérimentateurs émettaient quelques réserves sur l’agriculture biologique, souvent représentée comme n’étant constituée que d’interdits. A travers ces échanges avec les agriculteurs, les doutes se sont effacés, les expérimentateurs se sont retrouvés face à beaucoup d’options et ont vite remarqué des résultats positifs comme la baisse de mammites. Le travail avec des agriculteurs pionniers en agriculture biologique leur a également permis d’intégrer des pratiques innovantes.

Cette transition a engendré un changement de pratiques, mais aussi une nouvelle façon de raisonner : il ne s'agit plus de penser à l'échelle de l'animal ou de la parcelle, il faut aujourd'hui prendre en compte la globalité des systèmes. C’est ce que nous explique Jean-Marie Trommenschlager : "Il y a eu un gros travail de complémentarité entre les différents ateliers, on ne traite pas les vaches d’un côté sans penser à l’agronomie et quand on traite du milieu on n’oublie pas que des animaux vont y pâturer après. Il faut avoir cette vision d’ensemble pour prendre des décisions et avancer". Il faut également parfois créer de nouveaux outils "qui permettent de gérer les données, avec les techniciens et prévoir quelque chose de beaucoup plus complexe, très multifactoriel (environnement, agronomie, zootechnie) et à différentes échelles (zone de fertilité, parcelles, temps)".

Travailler avec le collectif

Des changements également dans la façon de travailler ensemble, travailler davantage avec le collectif, développer une véritable cohésion de groupe, les tâches des uns impactant les tâches des autres. Matthieu Godfroy, responsable de l’installation expérimentale depuis 2011, explique : "l’animation du collectif à l’échelle du système de production permet de confronter les points de vue et utiliser au mieux les compétences de chacun, c’est un enrichissement mutuel qui passe aussi par les échanges". Cet aspect de l’expérimentation système a marqué ses expérimentateurs, leur conférant de nouvelles responsabilités. Stéphane Ditsch, agent animalier depuis 2008, témoigne : "on a plus d’autonomie, de marges de manœuvre et de discussions avec les autres. Le fait d’être impliqué dans le travail est plus motivant que d’appliquer bêtement un protocole. Lorsque l’on rencontre un problème on cherche une solution avec les autres, c’est vraiment un avantage, on forme un ensemble".


L’agriculture biologique alliée à la quête d’autonomie a été un tremplin du changement de métier des techniciens de Mirecourt, permettant l’ouverture du champ du possible et l’épanouissement des expérimentateurs. Malgré les difficultés rencontrées et la peur de l’inconnu lors de la transition, tous semblent apprécier aujourd’hui cette nouvelle façon de travailler et leurs responsabilités.

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