• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

La transition écologique de l’agriculture, l’affaire de tous ?

Des acteurs non-agricoles sont à l’origine de nombreuses initiatives locales pour promouvoir une agriculture plus écologique : création d'Amap, protection de la qualité de l'eau, lutte contre l'urbanisation des terres agricoles.... Mais comment ces acteurs parviennent-ils à faire changer les pratiques des agriculteurs ?

Récolte des plants de tabac (stade 5 à 6 feuilles) avant d'éffectuer la plantation mécaniquement.. © Inra, MAITRE Christophe
Par Aurélie Cardona / Elodie Regnier
Mis à jour le 11/07/2016
Publié le 28/08/2013

Assurer la transition vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement et en particulier diminuer l’utilisation d’intrants de synthèse est un enjeu qui dépasse maintenant la sphère agricole. Alors que les dispositifs mis en place par les politiques publiques s’avèrent peu efficaces, des acteurs non-agricoles (agences de l’eau, élus locaux, collectivités territoriales, associations environnementales, consommateurs, riverains, etc.) développent des initiatives locales pour amener les agriculteurs à faire évoluer leurs pratiques. A partir d’une étude de 3 terrains franciliens, Aurélie Cardona, chercheur à l’unité Ecodéveloppement à Avignon, a montré de quelle manière des acteurs non-agricoles s’engagent en pratique dans des processus de transition vers une agriculture plus écologique, et quel est l’effet de leurs interventions sur les pratiques des agriculteurs.


De l’action locale à l’enjeu global

Vente directe des produits de la ferme © WEBER Jean
Vente directe des produits de la ferme © WEBER Jean

Protéger et restaurer la qualité de l’eau sur le bassin versant de l’Ancoeur (Seine-et-Marne) polluée par les intrants agricoles, lutter contre l’urbanisation des terres agricoles sur le plateau de Saclay (Essonne et Yvelines) à travers la mise en place de circuits courts alimentaires localisés et biologiques, s’opposer à la construction d’un circuit de Formule 1  pour installer des exploitations biologiques (Yvelines),  trois exemples de mobilisation d’acteurs non-agricoles. Si ces actions semblent se résumer à la défense d’intérêts très localisés, elles peuvent toutefois conduire à la création de collectifs (locaux, nationaux voire internationaux) en s’appuyant sur la défense de l’enjeu global de l’écologisation de l’agriculture pour rendre visible leur cause.



Quels arguments pour convaincre ?


Dans chacun des trois terrains étudiés, les acteurs non-agricoles développent des arguments divers, chacun ayant sa manière de traduire le problème environnemental auprès des agriculteurs. Pour convaincre, certains utilisent le registre de la peur et de la menace évoquant des arguments écologiques globaux (épuisement des ressources, changement climatique, etc.), d’autres pointent les réglementations à venir concernant l’usage des pesticides ou la protection de l’eau, ou encore  utilisent des arguments économiques pour inciter les agriculteurs à adopter des pratiques moins consommatrices en intrants. Enfin, certains dispositifs sont basés sur l’exemplarité et consistent à montrer en exemple des agriculteurs qui ont déjà changé leurs pratiques, tels que les agriculteurs biologiques.


Quels effets sur les pratiques des agriculteurs ?


Si on analyse les propos des agriculteurs sur les trois terrains, l’agriculture biologique (AB) est le thème qui revient le plus souvent. Les animations territoriales portées par ces acteurs non-agricoles, mais aussi la prégnance croissante des débats et discussions sur l’AB dans notre société semblent ainsi avoir un certain impact sur les conceptions des agriculteurs. Par ailleurs, ces animations participent à améliorer l’intercompréhension entre agriculteurs et acteurs non-agricoles.
Quant aux pratiques, s’il est difficile de dire que les animations observées aujourd’hui sont toujours directement la cause des changements identifiés, dans certains cas l’intervention d’acteurs non-agricoles semble avoir été le déclencheur de processus de transition vers des systèmes écologisés.
Ce travail a permis de mettre en évidence le caractère progressif des trajectoires de changement des agriculteurs en grande culture et leurs dynamiques d’ajustements perpétuels face aux injonctions croissantes de changements de pratiques.


Ajuster les politiques publiques


Ces travaux montrent que les politiques publiques concernant l’accompagnement des changements de pratiques des agriculteurs pourraient être plus efficaces si elles encourageaient davantage les actions collectives locales portées par les acteurs dans les territoires.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

En savoir plus

AURÉLIE CARDONA

Portrait d'Aurélie Cardona, sociologue à l'unité Ecodéveloppement (Avignon). © Inra, A. Cardona
© Inra, A. Cardona
Aurélie Cardona est chercheur en sociologie à l’Inra d’Avignon dans l’unité de recherche Écodéveloppement (Inra Avignon). Après avoir travaillé sur les circuits courts de commercialisation, elle s’intéresse depuis plusieurs années aux processus de transition vers des systèmes agricoles écologisés. Ses recherches concernant le rôle d’acteurs non-agricoles dans ces processus de transitions sont approfondies à travers l’étude de collectifs innovants associant des acteurs variés (agricoles et non-agricoles). L’objectif est d’explorer de quelle manière ces collectifs peuvent avoir un rôle d’"intermédiaires" entre la recherche, la société civile, les agriculteurs et les décideurs publics et peuvent donc renouveler les liens d’interdépendance au sein du système agri-alimentaire mais aussi les modes de circulation des connaissances sur les systèmes agricoles écologisés.