• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Le conseil dans les coopératives agricoles, un modèle économique en mutation

Le conseil est un élément fondateur de l'identité des coopératives agricoles. A l'heure de la transition agro-écologique et des démarches de responsabilité sociétale des entreprises, il prend cependant une dimension nouvelle. Désormais plus centré sur les échanges et la mise en réseau de connaissances que sur la seule prescription technique, le conseil devient emblématique de l'évolution des modes de gouvernance des coopératives agricoles.

Conseil de groupe. © S. Petit
Par Annick Audiot et Françoise Maxime
Mis à jour le 08/12/2015
Publié le 02/09/2015

Fortement développé en France après 1945 pour accroître la productivité de l'agriculture, le conseil agricole demeure aujourd'hui un levier essentiel pour répondre aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux que doivent relever les exploitations agricoles, mais aussi les filières et les territoires dans lesquels elles s'inscrivent. Parallèlement au système de conseil cogéré par l'Etat et les syndicats agricoles jusqu'au milieu des années 2000, les coopératives agricoles ont développé leur propre système de conseil agricole.

Des services diversifiés

L'appui technique, activité historique du conseil agricole, reste le fer de lance du conseil coopératif. Mais les coopératives ont élargi les fonctions du conseil aux dimensions économique et stratégique de l'exploitation agricole, et au domaine environnemental et réglementaire, notamment à la suite du Grenelle de l'environnement et du plan EcoPhyto visant à réduire le recours aux produits phytosanitaires. Avec des agriculteurs de plus en plus équipés en informatique, connectés à Internet, et présents sur les réseaux sociaux, les coopératives s’appuient largement sur le numérique pour développer des gammes de services et accompagner leurs adhérents. Elles proposent des outils d'aide à la décision fondés sur des innovations dans le domaine de l'analyse spatiale pour optimiser les apports d'intrants et les récoltes. L’extranet est devenu la clé de voûte de la communication entre la coopérative et ses adhérents et le conseil est devenu mobile : la géolocalisation et la photographie permettent en effet de recevoir des prescriptions directement sur un smartphone.   

Un conseil à la carte et tarifé

Alors qu'il y a encore quelques années, le conseil faisait partie des services offerts, sans surcoût, par de nombreuses coopératives agricoles, la plupart d'entre elles proposent désormais un conseil personnalisé et payant pour certaines prestations, telles que par exemple des visites individuelles, des cartographies parcellaires et des plans d'optimisation, l'assistance au montage de dossiers d'aide, mais aussi l'accès à l'extranet de la coopérative. Le conseil coopératif est devenu un service à la carte, adapté à des besoins diversifiés (conduite des cultures, analyse des marchés, gestion des contrats à terme, etc.) La tarification permet de compenser des coûts plus importants liés aux apports des technologies de l'information et de la communication, aux compétences nouvelles requises des conseillers et à une organisation plus complexe des services agronomiques des coopératives (en termes de gestion des connaissances et des compétences). Elle tient compte de l’engagement de l’adhérent, c'est-à-dire de la proportion des activités qu'il réalise avec la coopérative, et de ses investissements dans l’effort collectif. 

Des conseillers courtiers de connaissances

Avec la personnalisation du conseil, la relation entre l'agriculteur et le conseiller s'intensifie. Transmettre des informations et des connaissances, les adapter aux conditions particulières des adhérents, valoriser le travail fait par la coopérative, mais aussi faire passer les messages et questionnements des adhérents vers la direction, associer à la résolution des problèmes agronomiques les parties prenantes des filières et des territoires, toutes ces fonctions sont remplies par les conseillers coopératifs. Elles visent à créer du lien et de la communication, à faciliter l'échange de connaissances, à valoriser les connaissances et compétences de chacun, pour favoriser des pratiques écologiques et mettre à disposition des produits conformes aux attentes sociétales. C'est en ce sens que l'on peut parler du conseiller comme d'un courtier de connaissances.

Un outil de gouvernance pour la coopérative

Cette évolution du conseil, qui met l'accent sur la dimension relationnelle de l'activité, contribue à en faire un outil de gouvernance pour les coopératives. Source d’amélioration de la productivité et de création de valeur, le conseil, appréhendé comme un courtage de connaissances, est en effet un moyen d’impliquer les associés coopérateurs et les salariés autour du projet économique et politique de l’entreprise, et de resserrer les liens entre la coopérative et ses adhérents. C'est aussi une activité stratégique pour positionner la coopérative au sein des filières et des territoires, à travers l'animation des partenariats et des interactions avec les parties prenantes.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Maryline Filippi UMR Sciences pour l'action et le développement : activités, produits, territoires (Inra, AgroParisTech) et Bordeaux Sciences Agro
Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Versailles-Grignon, Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux

Le conseil coopératif

Les coopératives concernent en France 3 agriculteurs sur 4, 60% de la collecte, 40% de l’agro-alimentaire français, et peuvent se prévaloir d'une présence sur l’ensemble du territoire et dans toutes les filières. Les coopératives agricoles sont la propriété des agriculteurs adhérents, qui détiennent le capital et apportent leur production. Elles ont pour mission de valoriser la production de leurs adhérents et/ou de fournir les produits et services nécessaires à l’exploitation agricole. Elles sont gouvernées par un conseil d’administration composé d’agriculteurs élus, les administrateurs.

Fortes de 7 500 conseillers répartis sur le territoire français, les coopératives agricoles proposent une offre de conseil structurée autour de trois problématiques : le maintien de la performance des exploitations agricoles, l'adaptation des produits aux attentes des clients et à leurs cahiers des charges (sécurité alimentaire, approvisionnement, etc.), et la promotion de pratiques respectueuses de l'environnement. 

Les conseillers coopératifs présentent quatre profils types :

- le responsable de portefeuille (ou technico-commercial), dont l'activité principale est de collecter les productions de l'agriculteur et de lui fournir les intrants nécessaires à la production. Un portefeuille peut être composé d'une centaine d'adhérents que le conseiller rencontre plusieurs fois par an (3-4 fois /an en général, ou plus lorsque c'est nécessaire).

- Le conseiller agro-environnemental, chargé de l'appui à la gestion administrative et du développement des outils d'aide à la décision (OAD) en matière de fertilisation, d'irrigation, de protection des cultures, par exemple.

- Le conseiller recherche et expérimentation, qui réalise les expérimentations et élabore les choix technico-économiques des gammes d'approvisionnement. La plupart des coopératives possèdent leur propre réseau d'expérimentation à partir duquel elles élaborent des référentiels internes adaptés aux contextes locaux.

- Le conseiller territorial qui intervient sur un territoire défini et a une vision plus globale de l’exploitation agricole.

Pour une offre de service optimale, les conseillers sont censés avoir une bonne connaissance des marchés et assurer une veille technique, économique, réglementaire et concurrentielle. Pour maintenir une légitimité de leurs conseillers auprès de leurs adhérents, les coopératives s’engagent sur un niveau de qualification minimum de l’ensemble de leurs conseillers. Elles entretiennent, par la formation, un niveau de compétences permettant de délivrer un conseil de qualité, qu’il soit de nature technique, économique, organisationnelle ou d’aide à la décision…, avec à la clé, un certificat de qualification professionnelle (CQP) que peuvent obtenir les conseillers.

Afin de mieux accompagner leurs adhérents dans l’évolution de leurs pratiques agricoles, les coopératives se sont adaptées aux exigences règlementaires liées aux procédures de qualité, de  sécurité sanitaire, de traçabilité et de respect de l’environnement. Anticipant les débats du Grenelle de l’Environnement et la mise en place du plan Ecophyto 2018, Coop de France a lancé dès 2006 la Charte du conseil coopératif. Construite autour de 10 engagements, elle garantit des entreprises responsables, la compétence des conseillers, la qualité d’un système de conseil objectif et transparent, tant sur son contenu que sur ses résultats, ainsi que l’évaluation du système conseil. Elle peut s’appuyer sur différents outils qui permettent aux coopératives de remplir tout ou partie des engagements : la certification du service conseil par un organisme certificateur, la certification selon le référentiel Agri Confiance® (système de management de la qualité et de l’environnement de la production agricole), et le CQP.

Source

Filippi M., Frey O., 2015. Le conseil dans les coopératives agricoles. Clés d'analyse, état des lieux et perspectives. Rapport d'étude Inra/Bordeaux Sciences Agro/Coop de France, mars 2015. 84 p. Télécharger l'étude

Etude réalisée entre 2008 et 2013 dans le cadre d'un partenariat entre Coop de France, l'Inra Sad et Bordeaux Sciences Agro. Un cadrage général du conseil coopératif a d'abord été réalisé à partir de bases de données. Puis 5 groupes coopératifs, ayant développé une démarche d'organisation du conseil, ont été le support d'études de cas approfondies : Agrial, Axéréal, Champagne céréales, EMC2 et Terrena. Les responsables des services agronomiques ont été les experts référents de ce travail ; des entretiens ont aussi été conduits auprès des directeurs et des présidents de ces groupes. Dans un troisième temps, des entretiens auprès d'autres groupes coopératifs ont permis de tester la pertinence d'hypothèses et d'enrichir la caractérisation du conseil coopératif.

Lire aussi

Conseiller les adhérents de coopératives. Du champ à l'assiette, 2015. Coop de France, Collection Théma, 37 p.