Les animaux travaillent-ils ?

Partout dans le monde, tous les jours, des millions d’animaux sont engagés avec nous dans le travail : animaux de ferme, animaux de traction, d’assistance, de loisirs, de compagnie, de spectacles, d’armée, de police, etc. Sans l’engagement de tous ces animaux dans le travail, les multiples productions de biens ou de service auxquelles ils contribuent n’existeraient pas. Mais peut-on dire pour autant que les animaux travaillent ? Sont-ils motivés ? Sont-ils impliqués dans le travail ? Une hypothèse du travail animal développée dans le projet ANR Cow (2012-2016).

Première rencontre interdisciplinaire sur le travail animal
Par Aurélie Coen
Mis à jour le 14/06/2017
Publié le 13/06/2017

Depuis le néolithique, humains et animaux  sont engagés dans un processus de domestication. Grâce aux animaux, les êtres humains ont pu  se nourrir, se vêtir, se déplacer et vivre dans la compagnie des animaux. Grâce aux humains, les espèces animales  domestiques ont acquis une seconde nature qui a orienté le cours de leur évolution. . Aujourd’hui, des millions d’animaux sont engagés avec nous dans le travail : animaux de ferme, animaux de traction, d’assistance, de loisirs, de compagnie, de spectacles, d’armée, de police, etc. Pourtant,  le statut des animaux et nos rapports avec eux n’ont jamais été aussi remis en cause et fragilisés. La domestication est-elle un rapport unilatéral d’exploitation des animaux ou une dynamique commune d’émancipation ? Comment penser le bien-être des animaux d’élevage ? Le contexte du travail est-il une contrainte pour les animaux ou est-il l’opportunité d’un intéressement dans l’activité avec les humains ?
          
Que veut dire travailler pour un animal ? Sont-ils volontaires ? Impliqués ?
             
A partir de plusieurs cas d’études des rapports des animaux au travail dans différents terrains, chercheurs et professionnels s’intéressent à la collaboration, voire la coopération de ces animaux aux activités humaines. Ils s’interrogent notamment sur les bénéfices que ces derniers peuvent en retirer.
         
Les 1ères Rencontres interdisciplinaires sur le travail animal, organisées par l’équipe Animal’s Lab (UMR Innovation) les 8 et 9 avril 2016 ont permis de rendre compte et de discuter des résultats du programme ANR COW (2012-2016). Ces résultats et discussions ont permis de confirmer l’hypothèse d’un travailler animal et de proposer des pistes de conceptualisation et des arguments théoriques sur le travail animal.  Ainsi travailler pour un animal serait, comme pour les êtres humains ainsi que le montre la clinique du travail, combler l’écart entre le travail prescrit – ce qui est demandé à l’animal- et le travail réel, c’est-à-dire ce que doit faire l’animal pour atteindre les objectifs fixés. Par exemple, lors d’un concours d’équitation, une  championne explique que son cheval, au moment du saut d’obstacle, n’a pas tenu compte de ses indications. Et il a gagné la course. C’est justement, précise-t-elle, parce qu’il a perçu mieux qu’elle-même le geste à faire au moment, qu’il est arrivé premier et qu’elle a gagné la compétition. Travailler, c’est cela pour un animal, c’est engager son intelligence pour atteindre un objectif, au-delà de ce qui lui a été prescrit, voire désobéir. Pour que cet engagement dans le travail soit positif pour les animaux, il doit être reconnu. Nous montrons que cette reconnaissance est encore un enjeu de nos relations de travail avec les animaux.
                 


Contact


Jocelyne Porcher, UMR Innovation, jocelyne.porcher@inra.fr
Elisabeth Lécrivain, UR Ecodéveloppement, elisabeth.lecrivain@inra.fr
Département Sad

Les animaux s’impliquent dans le travail, l’exemple du chien de berger.. © Inra

Les animaux s’impliquent dans le travail, l’exemple du chien de berger

La partie visible du travail du chien de berger est basée sur des règles et sur des échanges vocaux, visuels, gestuels et posturaux entre le berger et lui, qui sont le socle d’une possible coopération. Le chien doit être constamment attentif, savoir correctement se positionner sur le terrain, contrôler son allure, attendre et respecter les commandes qu’il a apprises avec le berger. Ce dernier doit tenir compte du tempérament du chien, et savoir négocier avec lui et le troupeau. Mais le chien réalise aussi un travail invisible, il observe les déplacements du troupeau, écoute les sifflements et les injonctions du berger adressés au troupeau, comprend ce qui se déroule sous ses yeux. Parce qu’il connait son travail, il s’autorise aussi à initier quelques interventions qu’il juge nécessaires et qui n’ont pas été envisagées à temps par le berger. Ceci est une preuve de sa compréhension subjective du travail et n’est pas considérée comme une désobéissance par le berger. En cela le chien est un acteur du travail de garde et pas seulement un exécutant d’un travail ordonné par le berger.
                   
Ce travail partagé, entre le berger et le chien, repose sur des rapports d’intelligence, de négociation, et d’affectivité réciproque, qui fondent la possibilité même d’un travail durable entre eux. Les liens qui unissent le chien et le berger sont importants. En permettant l’expression réciproque de considération et de reconnaissance, le travail animal n’apparaît pas ici comme un concept négatif (le travail comme contrainte et aliénation) mais au contraire comme un élément positif, utiles, voire central, à la construction des individus.
                   
Cette étude des chiens de bergers et leurs rapports au travail a été réalisée dans le cadre du programme de recherche ANR Cow (2012-2016), Compagnons animaux : conceptualiser les rapports des animaux au travail.
                      
Lécrivain E., Porcher J., Vallée J., 2016 : Le chien de berger, un second inévitable - Premières Rencontres Interdisciplinaires sur le Travail Animal-8 avril Agroparistech, Paris.
Porcher J., Lécrivain E., 2012. Bergers, chiens, brebis : un collectif de travail naturel ? Etudes Rurales n°189. Dossier « Sociabilité animales », pp 121-138.

Travail animal - Un autre regard sur nos relations avec les animaux (DVD)

Travail animal - Un autre regard sur nos relations avec les animaux (DVD)

Ce film a été réalisé dans le cadre du programme ANR COW pour Educagri, partenaire du programme ANR, il cible en premier lieu les étudiants de l’enseignement agricole, mais également un public plus large.
               
A partir d’un retour sur la notion de domestication et une critique des théories du comportement animal, nous observons des animaux au travail dans les différents terrains étudiés durant la réalisation du programme ANR COW (chevaux en centres équestres et en expérimentation, chiens en élevage ovin/dans la police/dans l’armée, chiens d’assistance, ânes en France et au Burkina Faso, éléphant dans un cirque, loup sur un plateau de tournage…). Le film met en évidence leurs compétences et leur engagement dans le travail. La narratrice explique ce qu’est le travail et pourquoi nous avons fait l’hypothèse qu’il existe un « travailler » animal. L’idée était d’articuler un processus de recherche, des hypothèses, des choix méthodologiques et des résultats. Nous rencontrons également les professionnels ou les personnes bénéficiaires du travail des animaux grâce aux entretiens réalisés par les étudiants.
              
En savoir plus ici

Le dossier « Travail animal, l’autre champ du social » présente les résultats de recherches de différents chercheurs impliqués dans le projet ANR  COW.

Travail animal, l'autre champ du social

Le dossier « Travail animal, l’autre champ du social » présente les résultats de recherches de différents chercheurs impliqués dans le projet ANR  COW. Les recherches menés auprès des professionnels et des animaux de ferme, chiens d’aveugle, chiens militaires, chiens policiers, chevaux, animaux de cinéma, éléphants… permettent de mieux comprendre pourquoi les animaux s’engagent avec nous dans le travail et les intérêts qu’ils y trouvent. Le dossier interroge la spécificité des animaux au travail, par rapport aux robots par exemple, et les conditions de pérennité de nos liens.