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Les communautés scientifiques de la transition agroécologique

Une étude récente montre l’amorce d’une dynamique de structuration internationale d’une communauté scientifique autour de la transition agroécologique. Pour améliorer la compréhension et l’accompagnement des transitions agroécologiques, cette étude invite à confronter les contenus portés par de multiples courants théoriques et à examiner les complémentarités possibles, mais aussi parfois les incompatibilités, entre des approches aux postulats, méthodes ou échelles d’analyse très différents.

Shade Cacao plantation. © (Own work) [CC BY-SA 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], via Wikimedia Commons, Mvfarrell
Par Guillaume Ollivier
Mis à jour le 15/01/2016
Publié le 05/11/2015

Dans le rapport "Les communautés scientifiques de la transition agroécologique", Guillaume Ollivier (UR Ecodéveloppement, Avignon) propose une cartographie à l'échelle internationale des recherches développées autour de la transition agroécologique, en portant attention à la fois aux contenus des courants théoriques et à la structuration institutionnelle des communautés scientifiques. Réalisé à la demande du département Sad, ce travail vise à identifier dans la littérature internationale la place qu’occupent les travaux sur la transition agroécologique, à cerner les travaux du Sad qui y contribuent et la manière dont ils peuvent se positionner dans la dynamique scientifique internationale. 

Un périmètre aux contours flous

Alors que l'expression "transition agroécologique" émerge fortement dans le discours public, en particulier au Brésil et en France, le concept n'est pas aujourd'hui formellement structuré dans un corpus théorique reconnu au niveau mondial et n'est pas associé à un vocabulaire stabilisé. Sur le plan méthodologique, un corpus bibliographique international a donc été construit à partir de la source Web of Science et d'une approche élargie de la transition agroécologique, en explorant au mieux la diversité des définitions, et en incluant les travaux se revendiquant de la transition agroécologique et les travaux relatifs ne s'y référant pas explicitement. Face à un tel champ, large et hétérogène, l'approche adoptée a privilégié un travail itératif d'exploration qualitative des courants transitionnistes, appuyé par des analyses quantitatives intermédiaires et une connaissance préalable du domaine. Ce travail a permis de faire émerger progressivement un périmètre de corpus qui a été analysé au moyen de différentes méthodes scientométriques : analyse de co-auteurs, de citation directe, de co-citation et de mots-associés.

La transition, objet de mobilisation scientifique et politique

L’étude met en évidence un mouvement au sein de la science autour de la notion de transition en général, qui s’appuie sur un travail de structuration de longue haleine à partir de contributions de différentes communautés scientifiques (Sustainability Science, Socio-Technical Transitions, Social-ecological Systems, Industrial Ecology). Ce mouvement prend forme dans différents programmes internationaux, en particulier l’IHDP (International Human Dimensions Programme) dès les années 1990, puis le programme Future Earth, soutenus notamment par l’Unesco, l'ISSC (International Social Science Council) et l'lCSU (International Council for Science). Pour autant, ce mouvement concerne principalement les enjeux climatiques, en particulier à travers le prisme de la question énergétique. L’agriculture et ses formes écologisées sont abordées de manière secondaire par la majorité de ces approches aujourd'hui regroupées sous le label "Sustainability Transitions".

Une communauté naissante autour de la transition agroécologique

La notion de transition est présente sous différents aspects et conceptions dans des communautés de recherche centrées sur diverses formes d’agriculture écologisée. Ainsi, la question de la transition, de la conversion, de l’adoption ou encore de la diffusion des pratiques, intéresse-t-elle de longue date les agronomes, les économistes et les sociologues de l’agriculture traitant d’agriculture biologique, d’agriculture de conservation, d’agroforesterie ou encore de l’agroécologie historique américaine. On assiste à une atomisation des communautés scientifiques, liée aux découpages disciplinaires ou théoriques et au cloisonnement entre les différentes formes d’agriculture qui sont étudiées. Néanmoins, l’analyse des communautés de co-auteurs montre une tendance récente à la constitution d’agrégats d’auteurs indiquant l’amorce d’une structuration d’une communauté autour de la transition agroécologique.

Complémentarités et controverses entre courants

La production du département Sad, interrogée à partir de l'archive ouverte ProdInra, s’ancre en grande partie dans la dynamique de structuration internationale en cours, en particulier au travers des réseaux de recherche sur l’Agriculture Biologique, de l’appartenance à la communauté Farming Systems Research, et de liens tissés avec le courant Socio-Technical Transitions. Elle est marquée par des spécificités : l'analyse des verrouillages socio-techniques en agriculture, les travaux sur la conception de systèmes innovants, ceux sur la modélisation d’accompagnement, qui associent souvent des apports de l’agronomie, de l’écologie et des sciences sociales.
Au-delà du repérage cartographique des communautés scientifiques, cette étude invite à confronter les contenus portés par différents courants théoriques pour avancer dans la compréhension et l’accompagnement des transitions agroécologiques. Il s'agirait notamment de mieux cerner les conceptions du social et de la nature qui sous-tendent ces courants, leurs différences, voire leurs contradictions. C'est aussi en interrogeant les méthodes et pratiques disciplinaires attachées aux différentes approches que l'on mesurera la possibilité – ou pas - de les articuler pour répondre aux enjeux scientifiques mis en avant au sein de l'Inra autour de la transition agroécologique.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Référence

Guillaume Ollivier, 2015. Les communautés scientifiques de la transition agroécologique . Rapport Inra Sad, 142 p. + annexes