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Mymyx : un jeu pour concevoir des innovations agroécologiques

Valoriser les régulations biologiques pour « produire autrement » … pas si simple ! A plus forte raison lorsque l’on s’intéresse à des interactions souterraines complexes, invisibles mais pourtant cruciales pour la santé et la productivité des cultures. Pour aider les agriculteurs à relever ce défi, des scientifiques de l’Inra développent des outils pédagogiques de co-construction de systèmes de cultures agroécologiques mobilisant les mycorhizes. Une démarche d’abord mise en œuvre sur les cultures maraîchères, qui pourrait à terme s’avérer utile à de nombreuses cultures !

Un jeu pour concevoir des innovations agroécologiques. © Inra
Mis à jour le 16/03/2017
Publié le 09/03/2017

Si l’intérêt scientifique et pratique des mycorhizes pour la santé et la productivité des plantes n’est plus à démontrer, leur utilisation reste encore limitée. Comment, lorsque l’on est agriculteur réactiver et amplifier ces symbioses mises à mal par des pratiques de culture intensives et l’apport important d’engrais ? Partant du principe que mieux comprendre permet de mieux agir, une agronome et une économiste de l’Inra ont inventé un dispositif ludique qui favorise une dynamique d’apprentissage et la conception d’innovations agroécologiques.  


La biodiversité locale des mycorhizes, amie des cultures

Les mycorhizes, associations symbiotiques entre les racines de 80% des plantes cultivées et certains champignons du sol sont un élément-clef de la biodiversité du sol. Elles contribuent à la nutrition hydrominérale et à la protection des plantes contre les agents pathogènes (bactéries, nématodes, virus etc.),ainsi qu’aux cycles des éléments chimiques (phosphore, azote). Plus longs sont les filaments qui sortent des racines, plus efficace sera le système radiculaire permettant à la plante de s’alimenter en eau et en éléments minéraux et plus les communications entre plantes seront favorisées. Mais, a contrario, plus les pratiques agricoles sont intensives, moins les symbioses sont actives. Ainsi si l’on travaille trop le sol, on risque de casser les réseaux mycorhiziens invisibles à l’œil nu ; si l’on utilise beaucoup de fongicides on défavorise les champignons ... Bref, l’intensification des cultures et l’apport important d’engrais ont mis à mal ces régulations naturelles.

Pour favoriser l’échange « gagnant-gagnant » entre plante et champignon, deux scientifiques des départements Sad (Sciences pour l’action et le développement) et E&A (Environnement et Agronomie) de l’Inra des Antilles ont fait le choix d’explorer la voie de l’amplification de réseaux mycorhiziens naturellement présents dans les sols. Une option qui s’inscrit dans le contexte actuel de transition agroécologique, laquelle invite à concevoir des agrosystèmes multi-performants et durables en mobilisant la biodiversité pour réduire l’utilisation d’intrants de synthèse (engrais et pesticides).

  

Pour une transition agroécologique « sur mesure »

Valoriser des mécanismes naturels complexes ne s’improvise pas ! Et la mise en œuvre de cette stratégie ne repose pas non plus sur des solutions clés en main. Systémique par essence, elle suppose d’explorer une diversité de solutions co-construites entre chercheurs et praticiens qui permettront à chaque agriculteur soucieux de mobiliser et valoriser les mycorhizes indigènes d’identifier, parmi bien d’autres, les pratiques favorables applicables sur sa propre exploitation et de reconfigurer son système de culture. Car favoriser la mycorhization sous‐entend de repenser les systèmes de cultures puisqu’il devient nécessaire, entre autres, de réduire la fertilisation et de limiter le travail du sol qui portent atteinte aux réseaux mycorhiziens.

Faire émerger cette diversité de solutions et permettre leur appropriation suppose la maîtrise préalable des mêmes connaissances, qu’elles soient scientifiques, expertes ou profanes, et des « bonnes » pratiques agronomiques (diversification, réduction des intrants et du labour, utilisation de techniques alternatives comme le paillage ou les plantes de couverture etc.). Un cadre collectif de conception d’innovations est donc nécessaire. Les scientifiques ont misé sur le jeu !

  

Un jeu interactif pour mieux accompagner les agriculteurs

C’est dans cette perspective de favoriser la conception de systèmes agricoles innovants que MYMYX, un dispositif participatif ludique de partage des connaissances, a été conçu. Basé sur 5 séquences d’interactions entre chercheurs, techniciens, conseillers et agriculteurs auxquels il s’adresse en priorité, MYMYX répond à plusieurs objectifs :

  • Favoriser les apprentissages sur les régulations naturelles complexes que sont les mycorhizes,
  • Partager la nécessité d’une approche systémique pour mettre en œuvre des pratiques agro-écologiques
  • Evaluer les connaissances acquises
  • Initier une réflexion participative sur les freins et leviers à la mobilisation des mycorhizes
  • Co-concevoir des systèmes de culture innovants.

MYMYX s’appuie sur un jeu composé :

  • d’un plateau « questions-réponses » et d’un plateau représentant le sol,
  • d’éléments fixes (4 systèmes racinaires disposés aux 4 angles du plateau) et mobiles (filaments mycorhiziens et pions représentant les éléments nutritifs et les agents pathogènes du sol),
  • et enfin de cartes « plantes » et « pratiques agricoles ». Il est accompagné d’un livret.

Jeu de plateau Mymyx. © Inra
© Inra

Il s’agit, pour les joueurs, de construire une stratégie, c’est-à-dire un ensemble de pratiques (cultures/inter-cultures, travail du sol, fertilisation, phyto-protection, introduction de mycorhizes commerciales ou non …) pour concevoir un système de culture qui permette d’accéder le plus rapidement aux ressources via la création et le maintien d’un réseau par le développement de segments de filaments mycorhiziens.


Vers une bibliothèque d’innovations agroécologiques

MYMYX a été utilisé pour l’animation de plusieurs ateliers participatifs aux Antilles-Guyane et dans l’hexagone (Roussillon et Provence) de 2014 à 2016. Les ateliers ont déjà réuni plus de 80 participants et les résultats en matière d’apprentissage de connaissances et d’énonciation de propositions d’action ont permis de valider la méthode. Une base de données de 150 pratiques agricoles favorables à la constitution et la densification des réseaux mycorhiziens en systèmes de culture maraîchers a été constituée. Agriculteurs et techniciens ont aussi été force de propositions innovantes avec notamment :

  • des innovations technologiques (e.g. un dispositif de production de mycorhizes sur l’exploitation ou de pré-mycorhization en pépinière),
  • des innovations organisationnelles (e.g. un projet d’association entre agriculteurs pour la production de mycorhizes), 
  • la création d’un service (e.g. le développement d’une start-up de production de plants mycorhizés)
  • des outils qui permettent aux agriculteurs d’innover par eux-mêmes (e.g. un outil de partage de connaissances et d’expériences).


Des outils ludiques moteurs d’une dynamique de conception innovante

Au final, la démarche originale d’apprentissage collectif pour la mobilisation de mycorhizes indigènes développée à partir de MYMYX débouche sur un véritable dispositif multi-partenarial de recherche-développement, formation et vulgarisation pour co-construire des itinéraires techniques et des systèmes de cultures innovants et appropriables par différents acteurs.
  
Sur le plan expérimental, ces systèmes de culture et l’introduction de plants pré-mycorhizés en pépinière sont évalués sur des sites -pilotes de l’Inra [Domaine expérimental Alénya-Roussillon et Plateforme expérimentale sur le végétal et les agrosystèmes innovants en milieu tropical (UE PEYI Centre Antilles-Guyane)]. Parallèlement, des travaux sont conduits en laboratoire pour mieux comprendre l’effet bio-protecteur des mycorhizes (Institut Sophia Agrobiotech).
  
A l’issue des ateliers participatifs, des projets de recherche et développement portés par les partenaires professionnels [FREDON Martinique ((Fédération RÉgionale de Défense contre les Organismes Nuisibles), Chambre d’Agriculture de Guyane)] visant à tester les propositions de valorisation des réseaux mycorhiziens naturellement présents dans les sols ont aussi été mis en œuvre.
  
Sur le plan de la formation, MYMYX sera prochainement mobilisable par les enseignants et les étudiants puisqu’une adaptation de l’outil et son intégration aux référentiels de formation de l’enseignement agricole est en cours. Une version destinée aux conseillers agricoles est également en cours de discussion.
Les outils de partage et de transfert de connaissances ne sont pas en reste. Une version numérique du jeu de plateau est envisagée et la mise à disposition de la base de données de pratiques favorables aux mycorhizes via un outil-web collaboratif est à l’étude.
  
Au jeu de MYMYX tous les acteurs gagnent ! Les principes du jeu mis au point sur les cultures maraîchères, aisément déclinables à d’autres cultures, sont susceptibles d’attirer de nouvelles convoitises. Le monde de l’horticulture et celui de l'agriculture pourraient aussi décider de construire, sur leur propre jeu de plateau, un avenir agroécologique à leurs systèmes de production.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement, Environnement et agronomie
Centre(s) associé(s) :
Antilles-Guyane

Le produit d’une collaboration scientifique entre deux départements de l’Inra

Logo MyMyx. © Inra
© Inra
Conçu en Martinique dans le cadre d’un pari scientifique financé par le département Environnement et Agronomie de l’Inra et des projets REACTION [MétaProgramme SMaCH 2014 – 2016 (Sustainable Management of Crop Health), l’utilisation de MYMYX se poursuit au sein du projet et SYSTEMYC (Plan Ecophyto 2015-2018).
Les travaux sont conduits prioritairement dans des territoires tempérés (Méditerranée) et tropicaux (Antilles Guyane Françaises) sous la houlette de deux départements de l’Inra :

  • le département Environnement et agronomie (E&A) avec la participation de l’unité Agrosystèmes tropicaux (ASTRO) et de la Plateforme expérimentale sur le végétal et les agrosystèmes innovants en milieu tropical (UE PEYI Centre Antilles-Guyane),  
  • le département Sciences pour l’action et le développement (Sad) avec l’Unité de Recherches Zootechiques (URZ), l’Unité de recherche Ecodéveloppement et le Domaine expérimental Alénya-Roussillon (UE Alénya Roussillon).

Les travaux associent également l’Institut Sophia Agrobiotech (UMR Inra, CNRS, Université Nice Sophia Antipolis), unité de recherche du département Santé des Plantes et Environnement (SPE).

De la compréhension des processus …. à la conception de systèmes de culture innovants, le jeu de plateau MYMYX se déroule en 5 séquences

Déroulement du jeu Mymyx. © Inra
© Inra

Pour aller plus loin

  • Chave M., Paut R., Angeon V., Dufils A., Lefevre A., Tchamitchian M. 2016. How to foster mycorrhiza ? From brakes to levers. 52th the Caribbean Food Crop Society Symposium. Gosier. Guadeloupe, FRA (2016-07-10 - 2016-07-14).
  • Chave, M., Angeon, V. 2015. Innovative design of smart farming systems: Some insights from the enhancement of native mycorrhizae in Martinique. 5th International Symposium for Farming Systems Design, Montpellier, FRA (2015-09-06 - 2015-09-09).
  • Chave, M., Angeon V. 2015. Lettre aux entreprises. INRA. (2015-04)   >>>