• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Quand l'agriculture arrive en ville

Christine Aubry est ingénieure de recherche à l’unité Sadapt à Versailles-Grignon, en octobre 2016 elle reçoit la médaille d'or de l'Académie de l'Agriculture. Son objet de recherche ? L’agriculture urbaine, dont l’essor de ces dernières années pose de nombreuses questions de recherches aussi bien agronomiques que sociales. Retour sur son parcours.

Portrait de Christine Aubry et toits d'Agroparitech. © Inra
Par Aurélie Coen
Mis à jour le 22/02/2017
Publié le 08/09/2016

Avec une formation d’agronome, Christine Aubry débute sa carrière de chercheuse en gestion technique des exploitations agricoles avec un intérêt fort pour les liens entre l’agriculture et le territoire. Son parcours et ses recherches l’ont progressivement amenée à s’intéresser à l’agriculture urbaine. L’histoire commence à Antananarivo, à Madagascar,  où de 1999 à 2002 elle a travaillé sur la déforestation dans le sud-ouest du pays, zone extrêmement fragile d’un point de vue écologique. Son intérêt pour l’agriculture urbaine est venu lorsqu’elle s’est aperçue que l’on ne pouvait pas vivre à Antananarivo sans avoir de l’agriculture à ses pieds, même en plein cœur de la ville. Pensant qu’il s’agissait d’une agriculture de subsistance, elle fut surprise de découvrir qu’une grande majorité était destinée à l’export, vers la Réunion ou le nord du pays. Est alors lancé un projet de recherche sur cette forme d’agriculture par le Centre National de la recherche Appliquée au développement Rural (FOFIFA), l’Université et le Cirad, avec le soutien financier du programme CORUS, auquel elle participe à Madagascar puis à son retour en France.


« A l’époque, nous nous sommes aperçus que très peu de travaux existaient sur ce type d’agriculture encore peu connue et peu développée. Et, de façon peu courante, nous envisagions un transfert de connaissances et techniques d’un pays du sud aux pays du nord ».


A son  retour en France, elle entreprit  en parallèle des travaux de recherches sur l’agriculture urbaine dans les pays du Nord, en particulier en France. Elle rejoint alors une équipe de recherche qui venait de se constituer à Montpellier pour la préparation d’un projet ANR, composée essentiellement de géographes s’interrogeant sur les liens villes-campagnes. L’occasion pour elle d’y apporter un regard sur les spécificités agronomiques et environnementales de l’agriculture périurbaine puis assez vite intra-urbaine.


L’essor des recherches sur l’agriculture urbaine


Le boom des travaux de recherche sur l’agriculture urbaine a eu lieu autour de 2005, et ce, à l’échelle internationale. En France, les recherches ont tout d’abord porté sur les formes d’agriculture périurbaine. Si au début celles-ci présentaient essentiellement un intérêt pour approvisionner la ville en circuits courts, on rencontre néanmoins différents systèmes agricoles dont certains très proches de ceux des régions rurales. Ainsi, nous pouvons voir en France au voisinage des villes des grandes cultures, des vignes de grande production, du maraîchage et des prairies intensives.

Ce qui existait en intra-urbain se rapportait alors essentiellement aux agricultures non professionnelles de type jardins associatifs. A partir de 2010, on constate un fort développement de l’agriculture intra-urbaine en Europe et aux Etats-Unis, avec une diversification des formes et objectifs. Il apparaît des serres sur les toits comme la Lufa farm à Montréal, des « open air roof top gardens » (toits potagers), mais aussi des formes intermédiaires entre fermes péri-urbaines en maraîchage et jardins associatifs. Emergent alors deux dimensions de l’agriculture urbaine: la vente en circuit court (voire « ultra courts » lorsqu’on est en intra–urbain) et le développement de projets à vocation au moins en partie associative et sociale.


« Nous passons d’un sujet dont on ignorait tout à quelque chose qui interroge et donne envie de creuser encore plus loin. »

 

Cet intérêt grandissant pour cette l’agriculture urbaine amène Christine Aubry et l’ensemble de l’équipe à prendre certaines orientations :

  • commencer des travaux de thèses sur ces formes d’agricultures non professionnelles (dont la thèse de Jeanne Pourias en 2014 sur les fonctions alimentaires des jardins associatifs, en cotutelle avec l’Université du Québec à Montréal)
  • mettre en place une équipe de recherche autonome et pluridisciplinaire, consacrée entièrement à l’étude de l’agriculture urbaine. Cette équipe a été créée en 2012 au sein de l’unité Sadapt. 

  

Et maintenant ?


Aujourd’hui, d’après Christine Aubry, une problématique reste essentielle : celle de pouvoir apporter un regard scientifique sur l’agriculture urbaine. Il est important de quantifier et évaluer les fonctions et les services que ces agricultures, dans leur diversité, représentent pour la ville. Inversement, il faut se demander quels peuvent être les services apportés par la ville à cette forme d’agriculture, comme par exemple l’apport de déchets organiques pour valoriser ces derniers et limiter l’apport d’intrants.

Plusieurs pistes de réflexion restent encore à explorer :  

  • continuer à démontrer les fonctions et conséquences pratiques de cette agriculture telles que la rétention d’eau, la régulation thermique et l’absorption des déchets urbains, mais surtout les  quantifier,
  • analyser de façon plus approfondie la complémentarité des différentes formes d’agricultures urbaines et péri-urbaines, notamment dans l’approvisionnement alimentaire de la ville
  • renforcer les liens entre agriculture professionnelle et non professionnelle en train de se créer et qu'il serait intéressant d'étudier, les urbains étant aujourd’hui très demandeurs d’espaces à cultiver eux-mêmes. Il y a une forme de reconnexion entre les urbains et le monde de l’agriculture qu’il faut encourager, ainsi que leur intérêt pour son fonctionnement.
Contact(s)
Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Versailles-Grignon

Pour aller plus loin

  • Dossier thématique sur l’agriculture urbaine   >>>
  • Toutes les infos sur l’équipe agriculture urbaine de l’unité Sadapt   >>>  
  • L'agriculture urbaine, on en parle à l'Expo Milano 2015   >>>

Une médaille d'or de l'Académie d'agriculture

Le 5 octobre 2016, l'Académie d'Agriculture a récompensé Christine Aubry de la médaille d'or pour l'ensemble de ses travaux de recherche en agronomie qui ont porté successivement sur la gestion technique des exploitations agricoles, puis leur coordination au sein d'un territoire, et enfin sur l'agriculture urbaine. Christine Aubry est aujourd'hui une spécialiste reconnue de l'agriculture urbaine et anime une équipe et plusieurs programmes de recherche sur cette thématique.
Pour Christine, cette médaille d'or est une satisfaction et lui apporte de la reconnaissance bien sûr. Elle y voit surtout un signe d'intérêt pour ses travaux sur l’agriculture urbaine qui la conforte dans ses relations avec l’Académie d'Agriculture.

Mini CV

  • Née en 1957
  • Diplomée de l'INA PG (aujourd'hui AgroParistech) en 1979
  • Thèse passée en 1995 et sa HDR en 2007
  • A passé près de trois ans en accueil IRD à Madagascar pour travailler sur la déforestation dans le Sud-Ouest. A rencontré l'une des dernières populations de chasseurs cueilleurs de l'Ile, les Mikea. Orientation définitive vers l'agriculture urbaine.
  • Christine a deux enfants de 22 et 17 ans
  • Elle aime aime les chats, les nouvelles de Jim Harrison et les polars de Fred Vargas...et l'astronomie mais impossible de pratiquer en ville (halte à la pollution lumineuse !)