PraBioTel, vers de nouvelles pratiques améliorantes en cultures légumières

Pour faire face au manque de moyens de protection des cultures, et notamment de fumigants, des chercheurs de l’Inra ont travaillé avec les acteurs de l’expérimentation et du développement. Le projet PraBioTel, conduit de 2009 à 2011 avec le soutien du CASDAR et du GIS PIClég , débouche sur de nouvelles solutions techniques pour les producteurs.

Un agriculteur produisant en agriculture biologique évalue la maturité de ses légumes cultivés en plein champ (Drôme).. © Inra, MEURET Michel
Mis à jour le 20/09/2017
Publié le 17/01/2013

La production de légumes en France (1 % de la SAU, 6.4 % de la valeur ajoutée agricole), de plein champ ou sous abris froids, repose sur un système de culture qui peut être qualifié d’intensif. De nombreux agresseurs présents dans le sol (champignons pathogènes, nématodes) peuvent avoir pour cible plusieurs cultures différentes et une même culture peut également subir l’attaque de plusieurs bio-agresseurs. L’interdiction d’usage du bromure de méthyl depuis 2005 et les demandes sociétales plus nombreuses en matière de respect de l’environnement et de qualité des produits, imposent à présent une révision des techniques de protection en cultures légumières.

Les chercheurs se sont orientés vers de nouvelles pratiques culturales améliorantes, intégrées et raisonnées à l’échelle du système de production de plein champ et sous abris. Combiner des méthodes et jouer sur leur complémentarité sont les axes de recherche qui ont été privilégiés par les partenaires1 du projet PraBioTel. A travers cette approche globale de maîtrise des bioagresseurs telluriques, la succession des cultures et la gestion des périodes d’intercultures sont apparues comme les points cruciaux des systèmes culturaux.

De la Basse-Normandie à la côte méditerranéenne, un réseau de 13 sites expérimentaux, couvrant une large gamme de conditions pédoclimatiques, s’est constitué sur toute la France. La recherche a été menée sur des systèmes intégrant des cultures de salades en hiver pour les productions sous abris ou les cultures de poireau et de carottes pour celles de plein champ. Ce dispositif a été complété d’enquêtes auprès des producteurs et d’entretien avec les conseillers et techniciens pour mieux cerner les pratiques de terrain et repérer, le cas échéant, les verrous aux changements ou encore les déterminants (économiques, techniques ou structurels) qui orientent les producteurs dans leurs choix de pratiques.

Les pratiques améliorantes testées sont l’insertion de différents engrais verts, dont la moutarde brune (Brassica juncea) pour les cultures de plein champ. Pour les cultures sous abris, les pratiques améliorantes sont la solarisation seule ou après enfouissement de la moutarde, la mise en place d’un engrais vert seul, la diversification culturale en période hivernale ou en période estivale, ou encore l’apport de matière organique fraîche.

La solarisation consiste à provoquer la montée en température du sol suite à la pose d’un paillage plastique transparent captant l’énergie solaire. Les pathogènes du sol ne résistent pas au-delà d’une exposition de quelques heures à plus de 45 °C, de quelques jours à 40 °C ou encore de quelques semaines à 35 °C. Les essais conduits démontrent leur efficacité sur les bioagresseurs responsables de la « dégénérescence » de l’aubergine ou vis-à-vis des nématodes Meloïdogyne, ainsi que sur les champignons pathogènes tels que Sclerotinia, Rhizoctonia, ou le virus Big Vein (Mirafiori lettuce big-vein). Des effets subsistent jusqu’à 3 ans après solarisation.

La biodésinfection est une autre technique qui consiste à "intoxiquer" les bioagresseurs par des composés volatils issus de la dégradation de certains produits organiques. Par exemple, la moutarde brune contient de la sinigrine, source d’isothiocyanates, qui sont des composés soufrés toxiques vis-à-vis de nombreux pathogènes. La décomposition de la moutarde enfouie a également des effets stimulants à l’égard de la flore antagoniste. L’introduction de cet engrais vert en inter-culture nécessite une alimentation en azote et en eau suffisante, mais est possible y compris sous abris. La biomasse produite n’est intéressante qu’à condition de réaliser un semis soigné. Malgré tout, son efficacité ne vaut pas celle de la solarisation. En revanche, la combinaison de ces 2 techniques permet d’améliorer l’état du sol et l’activation de sa flore.

Pour diminuer le pouvoir infectieux du sol, d’autres axes de recherche ont été explorés, parmi lesquels les successions culturales et les substitutions entre cultures. Ces alternatives aux fumigants apportent des solutions progressivement mais elles sont durables dans une optique d’assainissement du sol.

1Partenaires du projet PraBioTel « Maîtrise des bioagresseurs telluriques par la gestion des systèmes de culture : utilisation de pratiques améliorantes en cultures légumières » : Equipes de recherche INRA, Stations régionales APREL (Association Provençale de Recherche et d’Expérimentation Légumière), Invenio, Sileban (Société d’Investissement et de développement pour les cultures Légumières et horticoles en Basse-Normandie), Grab (Groupe de recherche en Agriculture Biologique) ; organismes départementaux CDDM 44 (Comité Départemental de Développement Maraîcher 44), Chambres d’Agriculture du Vaucluse et des Bouches-du –Rhône ; Centres d’études techniques agricoles (CETA d’Eyguières et CETA Sainte-Anne) ; l’entreprise SICA Altus.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Laure Parès (04 68 37 74 00) UE0411 Domaine Expérimental Alénya-Roussillon

Sources

  • « Maîtrise des bioagresseurs telluriques en cultures légumières – Vers l’utilisation de pratiques améliorantes : le projet Prabiotel », Infos-Ctifl, juin 2009, n°252, pp. 46-51
  • F. Bressoud, L. Pares, H. Clerc, Y. Trottin, M. Torres, C. Aïssa-Madani, « Techniques alternatives de lutte contre les bioagresseurs telluriques », Synthèse des premiers résultats du réseau PraBioTel, Cultures légumières, septembre 2011 hors série, pp.19-21.
  • Françoise Montfort, « Intérêt et faisabilité de la biofumigation avec des Brasssicacées en cultures légumières de plein champ », Actes des Journées techniques Nationales, Fruits et Légumes Biologiques – 7 & 8 décembre 2011 – Rennes, pp. 37-41