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S’adapter aujourd’hui pour produire le vin de demain

Le projet Laccave associe 21 unités de l’Inra pour étudier les impacts à long terme du changement climatique sur le vignoble et les voies d’adaptation possibles de l’ensemble de la filière.

Vignes. © CC BY NC ND 2.0 Ivan Maenza, Flickr
Mis à jour le 25/11/2015
Publié le 27/07/2015

En décembre 2015 se tiendra à Paris la COP21, la 21e Conférence des parties de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques. L’objectif ? Aboutir à un accord international pour maintenir le réchauffement mondial en dessous de 2°C. Les viticulteurs, dont l’activité est fortement soumise aux conditions climatiques, auront les moyens de s’adapter à une augmentation de température de moins de 2°C. Mais si la température moyenne venait à augmenter de 3 à 4 degrés d’ici la fin du siècle, les changements seront plus difficiles à mettre en oeuvre et plus risqués. C’est alors toute la filière viti-vinicole française, dont il est inutile de rappeler l’importance socio-économique et culturelle, qui sera bouleversée, relocalisée.


Coup de chaud sur la vigne

Pied de vigne. © CC BY-NC 2.0 Jean-Marc Linder, Flickr
© CC BY-NC 2.0 Jean-Marc Linder, Flickr
Les effets du changement climatique sont déjà visibles sur la vigne et le vin : les dates des vendanges sont avancées de deux à trois semaines, les baies sont plus riches en sucres, leur PH augmente, un excès de maturité conduit à des vins plus alcoolisés, moins acides, et avec des profils aromatiques différents. Des effets qui vont s’amplifier avec le temps. D’autres effets, plus agronomiques, sont aussi à prévoir d’ici 2050 : entre sécheresse et perte d’eau de la plante due à la chaleur, la vigne sera soumise à un stress hydrique de plus en plus important. De nouvelles espèces de pathogènes vont probablement se développer et les interactions vignes/pathogènes pourraient aussi être modifiées, favorisant parfois l’apparition de nouvelles maladies.






Les vignobles français inégaux face au changement climatique

Du fait de l’importante variabilité des conditions géomorphologiques et climatiques des aires viticoles, certaines régions pourront tirer profit du changement climatique. C’est le cas en Champagne où des températures plus élevées devraient entraîner un rendement plus élevé et une maturité favorable à la qualité des vins, même si une baisse de l'acidité peut poser problème. Mais dans les régions plus au Sud, les vignobles souffriront davantage du manque d’eau. Les solutions sont alors à trouver pour chaque vignoble, pour chaque terroir. Ainsi, les scientifiques du projet Laccave ont élaboré des scénarios climatiques à l’échelle de terroirs viticoles, puis ont exploré des stratégies d’adaptation locales. Une échelle locale d’autant plus pertinente qu’elle permet de tirer profit de la diversité et de la variabilité des ressources locales, et de prendre en compte la manière dont les acteurs s’organisent pour innover dans chaque région.


Combiner les innovations pour résister aux caprices du climat

Les adaptations peuvent être de plusieurs ordres. Technique, avec la possibilité de modifier les pratiques viticoles (densité de plantation, gestion des sols, systèmes de conduite, irrigation…), et œnologiques, en utilisant des techniques de désalcoolisation, par exemple. La valorisation de la diversité génétique des cépages et porte-greffes est un autre aspect retenu. Les adaptations sont aussi d’ordre spatial, lorsque la vigne est plantée sur des zones plus en altitude, moins exposées au soleil ou sur des sols avec une meilleure réserve en eau. Elles sont également institutionnelles avec par exemple la révision des cahiers des charges de chaque appellation (AOC) pour intégrer des innovations techniques ou des modifications de zonage. La mise en place de systèmes d’assurance à l’échelle régionale permettrait aussi de limiter les risques et d'aider les viticulteurs à faire face au changement climatique.


Les professionnels et les consommateurs vont-ils s’y retrouver ?

Dégustation de vins. © CC BY 2.0 Jing, Flickr
© CC BY 2.0 Jing, Flickr
Quelles conséquences auront ces changements sur l’environnement, les conditions de travail des viticulteurs, ou la mise en marché des vins ? Comment ces évolutions seront-elles acceptées par l’ensemble des acteurs de la filière viticole ? Des questions capitales posées dans le cadre du projet Laccave dont l’un des objectifs est de travailler en concertation avec les acteurs de la filière. La construction de réseaux liant, aux échelles régionales, des producteurs, des entreprises viticoles, et des acteurs de la recherche et du développement est une condition qui est jugée importante pour permettre les adaptations nécessaires.
Et les consommateurs, seront-ils prêts à acheter des vins différents ? Œnologues et économistes spécialistes de la consommation leur ont fait goûter du « vin du changement climatique » pour déterminer les critères liés au vin qui conduisent le consommateur à l’achat. Résultats : dans le cas de Bordeaux, les consommateurs semblent être favorables à ces nouveaux vins mais risquent de s'en lasser, et une partie des experts conservent une préférence pour les vins actuels.


Scénarios pour 2050

Les scientifiques du projet Laccave mènent aussi une prospective plus globale à l’horizon 2050 pour construire un cadre de réflexion commun aux chercheurs et professionnels. Quatre scénarios prédéfinis ont été soumis aux scientifiques et aux producteurs de différentes régions viticoles françaises afin de susciter un débat et de préciser des stratégies possibles : un scénario « conservateur » qui n’intègre que des changements à la marge, permettant d'évaluer les impacts de l'adaptation passive ; un scénario « innovation pour rester » qui ouvre l’ensemble des vignobles à une large gamme d’innovations techniques ; un scénario « vignobles nomades » qui met en avant les possibilités de relocalisation des vignobles en fonction des conditions climatiques ; un scénario « libéral » qui permet de tester une situation où « tout est possible partout ». Dans tous les cas, l’adaptation se fera en plusieurs étapes qui pourront se combiner différemment dans chaque région. Quant aux solutions proposées, loin d’être définitives, elles sont à considérer comme des outils pour aider les producteurs, la recherche et les pouvoirs publics à élaborer leurs stratégies d’adaptation.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement, Environnement et agronomie
Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Montpellier, Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux

Le projet Laccave

Le projet Laccave (2012-2015) est conduit à l’Inra dans le cadre du métaprogramme ACCAF sur l'adaptation de l'agriculture et de la forêt au changement climatique. Il rassemble 23 laboratoires de recherche de l’Inra, du CNRS et de plusieurs universités, répartis dans toute la France, pour évaluer les effets du changement climatique sur la vigne et le vin, explorer les stratégies d'adaptation et proposer des scénarios pour les régions viticoles françaises. L'approche est pluridisciplinaire et mobilise des travaux de climatologie, génétique, écophysiologie, agronomie, œnologie, économie, et sociologie.

Le projet se conclura à travers le colloque international Climwine, à Bordeaux du 10 au 13 avril 2016.

En savoir plus

  • Barbeau G., Neethling E., Ollat N., Quénol H., Touzard J-M., 2015. Adaptation au changement climatique en agronomie viticole. Agronomie environnement & sociétés, 5(1)
  • Géli H., avec la collaboration de J-F. Soussana, 2015. Le changement climatique. Quae, 168 p.
  • Ollat, N., Touzard, J-M., 2014. Stress hydrique et adaptation au changement climatique pour la viticulture et l’œnologie : le projet LACCAVE. Innovations Agronomiques, 38, 131-141. >>>
  • Ollat, N., Touzard, J-M., coord., 2014. Laccave project. Vine growing and wine making in France challenging climate change. Spécial Laccave, Journal International des Sciences de la Vigne et du Vin. >>>
  • Quenol H., coord., 2014. Changement climatique et territoires viticoles. Lavoisier, Tec & Doc, 441p.   >>> 

Lire aussi sur le portail Inra : 

  • Projet LACCAVE - Adaptation à long terme au changement climatique pour la viticulture et l’œnologie  >>>
  • Repenser la viticulture   >>>

Reportage

Coup de chaud sur les vignes

Au sud de Perpignan, dans les coteaux  de Banyuls, les vins ont gagné 1 degré d’alcool tous les dix ans  depuis trente ans. Le réchauffement climatique menace l’équilibre  du vignoble mondial. Un beau reportage interactif, Le Monde.fr, fruit d'un travail conjoint entre chercheurs et journalistes. Il illustre notamment la combinaison des savoirs pratiques et des savoirs scientifiques pour l'adaptation au changement climatique qui est recherchée dans le projet Laccave.

Texte de Rémi Barroux et photo de Georges Bartoli Divergence images pour Le Monde