Accompagner les agriculteurs dans le changement et tenir l’enjeu de la réduction des pesticides : un métier ?

Depuis 2015, des acteurs du changement, engagés dans l’accompagnement des agriculteurs et la réduction de l’usage des produits phytosanitaires, ont échangé sur leurs rôles et leurs métiers dans le cadre d'un projet de recherche associant agronomie et sciences sociales.

Accompagner les producteurs dans la réduction des produits phytosanitaires et les aider à définir leur rôle d'intermédiateur.
Par Aurélie Coen
Mis à jour le 20/06/2017
Publié le 13/06/2017

C’est dans un contexte environnemental fragile et autour d’une même volonté de réduire l’usage des produits phytosanitaires que des acteurs du monde agricole - conseillers agricoles, animateurs de Civam, opérateurs dans la gestion de la ressource en eau, chercheurs - ont été réunis dans le cadre d'un projet de recherche pour partager leurs expériences et échanger sur leur rôle dans l’accompagnement des agriculteurs vers la réduction de l’usage des pesticides, et plus largement vers l’agroécologie.


Acteurs du changement


Les systèmes agricoles centrés sur la réduction du recours à la chimie sont complexes et ne permettent pas la vulgarisation d’un seul et même modèle. Les treize acteurs acteurs qui ont été réunis dans le cadre du projet DyCoT - Dynamique de production de connaissances dans un processus de transition - ont un point commun : celui d’être intermédiaire dans l’accompagnement du changement. Les rencontres leur ont permis de réfléchir collectivement à leur rôle clé entre, d’un côté, une politique publique fixant des orientations et proposant des instruments pour mettre en oeuvre le Plan Ecophyto, et de l’autre, des agriculteurs ayant à engager une dynamique d’évolution pour réduire l’usage des produits phytosanitaires.
Accompagnés dans leur réflexion par des scientifiques, ils se sont questionnés sur ce qu’est réellement l’intermédiation : un métier, une part de leurs activités, une compétence ?
         
                   Ce qui m’intéressait dans le projet DyCoT, c’est que j’allais capter des choses sur des agronomes un peu particuliers, en position d’accompagnant d’agriculteurs souhaitant changer. Cela m’a aidé à comprendre leur métier d’une part, et plus précisément les connaissances qu’ils mobilisent pour les accompagner. Lorène Prost, chargée de recherche INRA Sad et co-organisatrice du projet.


Echanges de savoirs et d’expériences


Tout au long d'une série de quatre séminaires de deux jours chacun, les participants se sont interrogés sur leur métier et leur rôle d’intermédiaire à travers différents dispositifs d’animation proposés. En faisant le pari de l'intérêt de partager des connaissances et expériences hétérogènes, les scientifiques initiateurs et porteurs du projet les ont invités à  laisser au vestiaire leur casquette institutionnelle et à échanger en partant de leur activité réelle et des chemins pris pour rendre possible l’atteinte de l’objectif final de la réduction des pesticides. Les participants ont été invités à exposer l’objet qu’ils utilisent comme support de leur travail d’intermédiation ou qui symbolise ce travail : un outil, des fiches, une vidéo, un guide d’accompagnement, un dispositif expérimental, etc. A travers cette animation, les participants ont pu construire leur trajectoire d’intermédiaire, en saisir les évolutions et appréhender une diversité d'expériences.
      
                       Ces ateliers ont permis aux acteurs de se rendre compte de ce que signifie faire de l’intermédiation. Ils ont raconté leur histoire pour rendre compte de ce qu’ils portent avec eux, où ils sont allés le chercher, comment ils le transforment, ce qui les bloque ou au contraire les entraîne. Avoir conscience de ça et le partager avec d’autres est encourageant pour voir comment aboutir à des résultats intéressants du point de vue de la transition agroécologique. Marianne Cerf, directrice de recherche.


Un espace de production de connaissances


Finalement, comme les participants l’évoquent dans plusieurs vidéos visibles sur le site internet ouvert en 2017 pour les accompagner et rassembler des données sur l'intermédiation, devenir un intermédiaire n’est pas un long fleuve tranquille. Gérer les différentes visions relatives à la réduction de l’usage des pesticides, savoir écouter ses interlocuteurs, se mettre en retrait pour ne rien imposer tout en faisant changer les pratiques, le rôle de ces intermédiaires est loin d’être simple.
Parvenant aujourd’hui un peu mieux à formaliser leur travail, ils repartent avec une prise de conscience de leurs activités et différents modèles d’intermédiation sur lesquels s’appuyer. Les séminaires ont créé une communauté d’acteurs intermédiaires ouverts à la discussion, et l’espace d’échange et de réflexion ne s’est pas refermé grâce au site créé pour poursuivre cette dynamique collective, indispensable à l’intermédiation.
   
                         Il ne s’agit pas de dicter ce que l’on pense être bon entre personnes qui savent et d’autres qui apprennent, mais de confronter des points de vue autour d’un objectif qui est la réduction des pesticides. Marianne Le Bail, professeur à AgroParisTech.

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Versailles-Grignon, Provence-Alpes-Côte d'Azur

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