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Quels modes de gouvernance des territoires entre OGM et non-OGM ?

La gestion des cultures OGM interroge les modes de gouvernance des territoires agricoles notamment la cohabitation des acteurs aux stratégies différentes. Une recherche menée par les unités Inra SADAPT et LAREQUOI de l’UVSQ porte sur la façon dont les acteurs aux stratégies concurrentes s’organisent pour gérer la présence de maïs OGM.

Culture en plein champ de piments doux ( ITALIE  1993).. © © INRA / Anne-Marie DAUBEZE, DAUBEZE Anne-Marie
Mis à jour le 06/03/2013
Publié le 08/09/2011

La question de la coexistence OGM/ non-OGM a impacté l’organisation des filières à l’échelle du territoire agricole français. Les entreprises de collecte et de stockage (ECS) ont été poussées à développer des formes d’auto-organisation et à s’inscrire dans des stratégies de coopétition. Par exemple, en visant l’intérêt général et la séparation des filières de maïs OGM / non-OGM, les ECS mettent en place leurs propres dispositifs institutionnels tout en préservant un rapport concurrentiel sur leurs marchés.

Dans le cadre de cette étude, le territoire est appréhendé comme un bien commun aux ECS, en tant que ressource productive et lieu d’enracinement. La préservation des avantages territoriaux suppose que ces dernières déploient une gestion collective, notamment par l’instauration de relations de coopération entre acteurs concurrents. Cette stratégie de « coopétition », selon une logique altruiste, doit profiter à tous les usagers d’un territoire. Véritable institution sociale, la coopétition suppose en effet des règles socialement acceptées et fondatrices d’un ordre social.

Ce jeu de forces contraires (concurrence – coopétition), apparenté à un système particulier d’interactions, est rendu possible grâce à la mise en place d’outils de gestion collectifs et d’arènes de médiation formelles (organismes de discussion, syndicats professionnels…) ou informelles (conventions tacites, pressions sociales au conformisme…). La nature des interactions et le niveau de leur production (individus, organisation économique et agronomique des filières, territoire) a été interprétée et analysée aux vues des récits d’expérience individuels collectés, des observations et compréhensions des chercheurs. Pour éviter les biais, un processus de triangulation a été appliqué aux données (contextualisation, confrontation aux données d’archives, validation auprès d’experts extérieurs).

En France, à l’échelle du territoire agricole, une typologie des formes de coopétition peut être dressée. Elle tient compte des mécanismes de coordination et d’administration de l’interaction entre coopétiteurs. Ainsi, en Alsace, la filière agricole s’est structurée pour refuser la culture du maïs OGM. Les ECS se sont organisées pour obtenir des primes de garantie de pureté en non-OGM. Dans le sud-ouest, les ECS ont élaboré des règles qu’elles ont ensuite imposé aux opérateurs de l’amont et de l’aval : gestion des aires de production par création d’une base de données communes pour éviter les mélanges lors de la récolte. Au niveau de ce territoire se sont alors constitués des îlots de production bien spécifiques à l’une ou l’autre des cultures. En cas d’échec de la coordination, toutes les entreprises commercialisent du mélange, étant donné l’impossibilité de garantir la pureté de ses productions. Enfin, en Rhône-Alpes, c’est la chambre d’Agriculture, en tant que médiateur extérieur, qui a permis aux entreprises de se structurer et de coopérer.

L’ensemble des stratégies des acteurs a permis de générer des scénarii d’organisation des territoires grâce au modèle informatique développé dans le cadre du programme ANR-OGM MASCOTE (Modélisation de l’Allocation Spatiale des Cultures OGM dans le TErritoire) et de mesurer les risques de mélange inhérents aux diverses modalités de coopétition.

En savoir plus

  • Mourad HANNACHI, La coopétition au service du bien commun : les stratégies des Entreprises de Collecte et de Stockage de céréales face aux OGM, Inra, Université de Versailles Saint-Quentin-En-Yvelines, Thèse soutenue publiquement le 14/04/2011, Paris, 302 pages.
  • Mourad HANNACHI, François-Christophe COLENO, Christophe ASSENS, « La collaboration entre concurrents pour gérer le bien commun : le cas des entreprises de collecte et de stockage de céréales d’Alsace, Gérer et comprendre, Septembre 2010, n°101, p. 16-25.